Le jardin des Projets considère qu’il n’y a pas de frontière entre la culture de proximité portée par de petits opérateurs et les grandes institutions culturelles. C’est pour cela que nous participons activement aux travaux de la mission mécénat du Ministère de la Culture pour servir le développement du célèbre Parc de Méréville mais aussi pour soutenir « les projets terrain » de l’Essonne

Au Louvre, un colloque d’idéal et d’éthique, oui, mais surtout une rencontre pragmatique, technique, porteuse d’énergies, à commencer par celles des participants

« Un mécénat à la française »…
D’emblée, Benoît Paumier, Délégué au développement et aux affaires internationales (D A I) du Ministère de la Culture, donne le ton : « le temps est révolu de la période où on laissait d’un côté l’entreprise et de l’autre la culture ». Tourisme, transport, effets immobiliers… les rapports économie - culture sont énormes. Dans le cadre de l’exception culturelle, le souci de la promotion et de la diversité culturelle peut inscrire la culture dans une relation française particulière avec l’économie. Le mécénat, favorisé par la loi de 2003, doit être un instrument dans les 2 sens : culture – économie.

« La qualité artistique »…
Pour Yves Evrard, Polytechnicien, Professeur à H E C, la création, c’est le risque et en France, ce sont l’Etat et les collectivités qui l’ont accepté. Pour lui, le secteur marchand peut apporter un rééquilibrage des rôles dans l’engagement culturel. Après avoir détaillé les systèmes du mécénat, les formes de contribution, les modalités organisationnelles et les stratégies, il indique que dans notre contexte post-moderne, les liens sont de plus en plus forts entre la consommation culturelle et la culture de consommation, tout en s'interrogeant sur le problème de la définition de la « qualité artistique ». On entend souvent dire « celui qui paye l’orchestre choisit la musique »…

« La culture est l’affaire de tous »…
Renaud Donnedieu de Vabres, Ministre de la Culture, situe l’enjeu au niveau international. Les délocalisations sont une réalité et dans ces temps de doute et de crise identitaire, nous avons un capital d’avenir à constituer avec la culture. L’offre et la demande culturelle explosent dans le monde. La France est à l’avant-garde de la défense de la diversité culturelle dans les négociations internationales qui vont se concrétiser cet automne à Paris dans le cadre de la Convention internationale élaborée sous l’égide de l’UNESCO.
« Le mécénat, ce n’est pas le partenariat des princes, la culture est l’affaire de tous pour sauvegarder notre patrimoine, encourager la création ». Il insiste sur la nécessité d’additionner les savoir faire (par exemple, la France est pionnière pour les technologies d’accrochage et d’éclairage d’expositions), des emplois sont en jeu.
Le Ministère entend développer de multiples actions de proximité pour encourager la rencontre entre les filières comme récemment avec les Chambres de commerce et d’industrie, bientôt avec les Experts comptables et les Notaires. Mai aussi, favoriser un rapprochement avec l’université pour la formation concernant les nouveaux métiers du mécénat ou encore entreprendre une communication en faveur du mécénat des PME – PMI.
Après une culture doute, vient le temps d’une culture de confiance et de reconnaissance pouvant permettre à la France de rester un modèle culturel international exemplaire.
Le Ministère de la Culture doit être ce transmetteur d’énergies.

« Culture et diplomatie »…
Madame Catherine Morel, Professeur de marketing, présente le mécénat comme un élément de la diplomatie culturelle de l’entreprise, à l’image, par exemple, de celle du Ministère des Affaires Etrangères, avec l’AFAA. La diplomatie culturelle améliore le positionnement de l’entreprise, communique des valeurs et peut être un outil d’influence. Elle note que toutefois, des dérives restent possibles, telle que celle de l’expressionnisme américain porté la CIA.

« Culture et banque ! »…
Le Crédit Coopératif, banquier et partenaire des associations et entreprises de la Culture, développe des services bancaires classiques et des solutions adaptées aux financements des entrepreneurs culturels, « la première banque des saltimbanques ! » ose dire son Directeur adjoint, Jean-Pierre Mongarny. Depuis 20 ans, sa fondation s’est engagée dans le secteur culturel. Elle participe à la création de clubs d’entreprises régionaux.

« Etre plus proche »…
Grand témoin culturel, Eric Tanguy, Compositeur, qui bénéficie du mécénat d’entreprises, parle du respect de ses choix par les mécènes et de la capacité de l’artiste à s’opposer. Pour lui, il y a plusieurs avantages à ne pas avoir un seul maître, cela contribue à toucher de nouveaux publics. D’un point de vue purement pratique, pour les commandes publiques, le paiement s’effectue à la livraison, alors que dans une relation avec un partenaire privé, on organise une participation financière échelonnée, plus proche de la réalité.

« Une entreprise ouverte »…
L’entreprise Doublet (textiles et structures industrielles et institutionnelles), installée dans le Nord – Pas de Calais, s’est fortement engagée dans l’action culturelle. Pour elle, cela permet : d’impliquer les salariés de l’entreprise, d’acquérir de nouvelles compétences, d’être vecteur d’innovations, de valoriser des savoir-faire, de donner du sens au travail, de valoriser l’image de l’entreprise, d’ouvrir vers de nouveaux marchés et de mieux comprendre la démarche des artistes.

Vous avez dit : « ARTner ship »… « congruence » et « cultivation »…
Anne Gombault, Professeur à l’Ecole de management de Bordeaux, responsable de la Chaire Arts, Culture et Management en Europe, explique comment réussir la relation mécénat. Il faut plus d’esprit d’entreprise dans l’art, créer une relation de coopération et une reconnaissance mutuelle et surtout dépasser les peurs : peur de la manipulation artistique, peur de la « marchandisation », peur des contreparties, peur du désengagement institutionnel.

« Il y a bien plus dans l’échange que dans les choses échangées » (Claude Lévy Strauss).

Il faut de la créativité dans l’échange : pas de « mécénat portefeuille », de la congruence mêlant à la fois l’inattendu et le pertinent pour la cohérence (ni trop près, ni trop loin de l’entreprise concernée). La personnalité des rencontres est très importante, confiance et goût de l’innovation sont les maîtres mots. En un mot « co-construisez et dépassez les idées préconçues ». Enfin, en cas de réponse négative : la « cultivation », pour cultiver des liens avec les mécènes sur le long terme.

Les questions ?
Parmi les nombreuses questions, nous avons noté celle concernant la difficulté de trouver le bon interlocuteur de l’entreprise. Est-ce le Directeur de la Communication, le Directeur Marketing ?… En fait, la réponse devrait être le PDG … car lui seul a une vision globale de l’entreprise.
Après les interventions remarquées des responsables de grosses structures culturelles, comme le Louvre ou le Centre International du Vitrail à Chartres, nous sommes intervenus pour demander s’il n’y avait pas des risques de voir à côté des participations « beaux arts », des secteurs culturels oubliés, tel ceux des « cultures urbaines » des périphéries, comme pour nous en Essonne.

Les perspectives.
Virginie Seghers, Spécialiste des questions liées au mécénat et à la responsabilité sociale de l’entreprise, met en perspective le colloque en insistant sur le rapport « mécénat et développement durable », elle souhaite une présence plus forte de la culture dans le développement durable, enfin elle souligne l’importance du rôle du mécénat dans les actifs immatériels de l’entreprise (expertisé par les nouvelles agence de notation extra-financières pour les questions d’évaluation sociétale). Les capitaines d’industrie épanouissent leur carrière dans l’engagement culturel, puisque par exemple, Louis Schweitzer, PDG de Renault, devient Président du Festival International de Théâtre d’Avignon.

La suite…
En conclusion, ce colloque lance de nombreux rendez-vous pour l’automne : des séminaires de formation dans toutes les régions, des conventionnements avec des institutions régionales, (CCI …), une campagne d’animations thématiques en soirée tous les premiers jeudis du mois, une campagne de communication PME – PMI, un important colloque sur les fondations culturelles nationales, puis un séminaire international à Royaumont pour 2006. Enfin la mise en route d’un réseau de relation entre les 600 participants de cette rencontre.

Jean Mularski.
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