Un jardin botanique en forme de
jardin d’agrément.
Au commencement…
Lorsque le marquis de Laborde acheta en 1784 le domaine de Méréville à M.
de la Tour du Pin, la propriété était assez petite,
une vingtaine d’hectares. Peu à peu il la porta à soixante-
dix en achetant ou en échangeant toutes les terres qui la jouxtaient
au fond de la vallée: jardins potagers, marais insalubres, friches
et pâturages. Il trouva déjà là, comme en témoignent
encore quelques dessins anciens, un parc aménagé par Jean
Delpech, premier marquis de Méréville, puis par M. de la
Tour du Pin. C’était un jardin de conception classique à l’imitation
de Vaux-le-Vicomte et de Versailles, percé de larges allées
rectilignes, agrémenté de bassins en escaliers, planté de
beaux arbres majestueux. Jean-Joseph de Laborde conserva sans doute la
plupart des arbres anciens, mais brisa les alignements rigoureux pour faire
du domaine ce que nous connaissons.
Un inventaire considérable
Durant neuf ans, de 1784 à 1793, année de l’arrestation
du marquis, l’architecte Barré, puis à partir de 1786
le peintre et paysagiste Hubert Robert firent planter, à la demande
du propriétaire, parait-il trente mille arbres, mais un certain
nombre le furent sans doute dans le bois de Boulogne, aujourd’hui
construit, qui était alors un prolongement du parc.
Un inventaire fait par André Thouin en 1794, après la mort
de Laborde, pour les autorités révolutionnaires (qu’on
peut consulter aujourd’hui dans les archives du Muséum de
Paris), permet de croire que le on-dit approche la réalité.
On y note l’existence de 10 variétés de peupliers,
11 de frênes, de marronniers d’Inde et de Pavia, de 12 sortes
d’érables (2000 en tout), de 300 cèdres, de platanes
d’Orient et d’Occident, de tilleuls d’Amérique
et de Hollande, de dispyros (ébènes), de 7 variétés
d’acacias (680 au total), de cèdres rouges, de 100 mélèzes,
de séquoias, de 8090 pins et sapins (de Bordeaux, de Jérusalem,
de Weymouth, d’Ecosse), de faux pistachiers. Un certain nombre d’arbres
rares, encore petits sans doute, furent arrachés et replantés
au Jardin des Plantes de Paris. Le nombre des petits arbres de bosquets
est encore plus impressionnant puisqu’on trouve, parmi autres, dans
l’énumération 150.000 plans de charmille, 460.000 d’ormille,
1373 cerisiers, 400 chèvrefeuilles, 1373 cerisiers, 4500 genêts
d’Espagne, sans compter les fusains, arbres de Judée, catalpas,
azeroliers, cornouillers, cyprès, cyprès à feuille
d’acacias, lauriers-cerises et autres tuyas, tulipiers et lilas divers…
La mémoire du Parc
Le parc de M. de Laborde était un immense jardin botanique agencé pour
l’agrément. Peu des arbres rares qui le composaient on subsisté jusqu’à nos
jours, un grand nombre ont été coupés par les propriétaires
successifs, au XX° siècle, qui transformèrent le domaine
en exploitation forestière. Pourtant on fait encore des découvertes,
comme ce faux pistachier qui a été découvert récemment
par M. Bernard Binvel, Président de la Société Historique
et Archéologique.